Somaya a traversé une période difficile pendant la pandémie de COVID-19 (qui peut se vanter du contraire?). Née à Gatineau, l’autrice-compositrice-interprète avait décidé de s’installer à Montréal en 2021 pour se consacrer à la création. Pianiste depuis l’âge de six ans, elle chante pratiquement depuis qu’elle sait parler, mais ce n’est qu’à la préadolescence qu’elle commence à écrire ses propres chansons. Ce déménagement, et peut-être aussi l’isolement de la pandémie, lui ont permis de tracer son parcours musical. À la fin août 2026, elle a fait paraître son premier album aux sonorités oniriques, LAYALI.
Avec LAYALI, Somaya nous plonge dans un univers vaporeux où le R&B se mêle aux sonorités du Moyen-Orient. La production, à la fois audacieuse et minutieuse, sert des textes habités, presque mystiques, qui évoquent la solitude, la douleur et la famille avec une sensibilité digne des meilleurs films.
Somaya ne cherche pas à imposer une interprétation de son album. Pour elle, LAYALI témoigne plutôt de la force qu’elle trouve dans sa propre vulnérabilité: oser se montrer telle qu’elle est devient un geste d’affirmation de soi qui lui permet de se sentir plus forte. Elle espère ainsi créer un espace où les personnes qui l’écoutent pourront, elles aussi, accueillir leurs émotions en préconisant la même approche.
«Je suis attirée par des artistes comme Little Simz et Doechii parce que leur musique a quelque chose à dire et que je m’y reconnais. Je chante toutes les paroles de leurs chansons en me disant: “Oui, t’as tellement bien dit ça, girl!” Je ne veux pas avoir peur de susciter ce même sentiment chez les autres.»
«Je crois que les gens ont envie de ressentir des choses et j’ai confiance en ma capacité d’être, parfois, cette porte qui leur permet d’y accéder.»
Somaya puise également son inspiration chez des artistes comme Frank Ocean et Saya Grey, dont la musique, à la fois audacieuse et complexe, s’affranchit des structures sonores conventionnelles. «À mesure que je découvrais de nouvelles sonorités et que j’en apprenais davantage sur la production, ma façon d’écouter la musique changeait aussi. Ça m’a aidée à créer mon album.»
Somaya reconnaît volontiers qu’à ses débuts, elle ne maîtrisait pas encore tous les aspects de la création musicale. «Je n’ai aucune idée de ce que je fais!», lance-t-elle. «Je laisse les choses arriver d’elles-mêmes par essais et erreurs. Ma voix est mon principal instrument, alors, souvent, je crée des démos, je commence à explorer différentes sonorités et différents instruments, puis je vois ce qui fonctionne. Je travaille avec beaucoup d’artistes de talent, ce qui m’aide énormément, parce qu’on peut créer tout un univers magique ensemble.»
«C’est comme si j’entrais dans la Zone. Une fois que j’y suis, je crée.»
LAYALI a été réalisé par Somaya et em & i, un ami proche, producteur de métier, qui a collaboré à la plupart des morceaux. Elle a également fait appel à des ami·e·s pour y ajouter des percussions, de la guitare, de la basse et de l’oud, un instrument à cordes du Moyen-Orient qui s’apparente au luth. Les arrangements qui concluent l’album sont signés Arturo Marzoratti. Malgré ces influences, Somaya propose une musique résolument actuelle, parfois même avant-gardiste. Sur RHINESTONES, elle marie reggae et R&B langoureux, tandis que MARY se présente comme une ballade douce et dépouillée qui, avec tendresse, aborde la solitude et la consommation massive de cannabis qui parfois en résulte.

Somaya. Photo par Pavel Navarro.
Ces accents arabes occupent toutefois une place importante dans l’univers de l’artiste d’origine égyptienne et dans la compréhension de l’album dans son ensemble. Somaya s’est notamment inspirée de l’une des plus grandes figures de la musique égyptienne. «Beaucoup de ces chansons sont nées de nos discussions sur les idées, les arrangements et nos inspirations. Oum Kalthoum m’a beaucoup inspirée. Plusieurs de ses chansons sont très longues, avec des introductions qui s’étirent. C’est quelque chose d’omniprésent sur mon album. Chaque chanson a droit à son propre moment de gloire.»
Cet album a permis à Somaya de se rapprocher de sa famille et de renouer avec ses racines culturelles. «Je ne parle pas arabe. Je n’ai pas grandi en parlant la langue de ma mère. Quand je retourne en Égypte, j’ai presque l’impression de comprendre, mais je n’y arrive pas. C’est une frustration que je traîne depuis toujours», explique-t-elle.
«Intégrer des sonorités de ma culture à mon premier album, c’était une façon de communiquer là où les mots ne suffisaient pas. Cet album m’a permis de me rapprocher de ma famille comme je n’avais pas pu le faire depuis longtemps. Mes grands-parents sont décédés quand j’étais au secondaire, et j’ai l’impression qu’ils auraient tellement pu m’apprendre…»
On devine instantanément toute l’importance que Somaya accorde à sa famille, surtout aux femmes qui en font partie, et on comprend à quel point elle est attachée à ses racines nord-africaines. Ce lien avec sa culture demeure bien vivant, même–et peut-être surtout–autour de la table familiale, chez elle, au Québec.
«Dans l’intro de PEARLS AND PLUMS, on entend ma sœur qui chiale contre un plat égyptien qu’elle déteste vraiment», raconte Somaya. «Elle s’obstinait avec ma mère, en disant qu’elle détestait la texture gluante du plat. Je trouvais que c’était la façon parfaite de faire une petite place à ma sœur sur l’album.»
Sur EL HENNA, les sonorités chaleureuses de l’oud se mêlent aux riches harmonies vocales de Somaya et de sa mère. Le morceau s’inspire d’une ancienne chanson de mariage égyptienne que sa mère lui chantait comme berceuse lorsqu’elle était petite.
«J’ai superposé les harmonies et travaillé sur le morceau pendant qu’elle était assise à côté de moi. On était toutes les deux très émues, mais je pense que ça a été un très beau moment de complicité», raconte-t-elle. «C’est une des chansons de l’album que je préfère écouter.»
