{"id":158882,"date":"2019-02-19T21:01:47","date_gmt":"2019-02-19T21:01:47","guid":{"rendered":"https:\/\/socancom100stg.wpenginepowered.com\/corneille-sans-filtre\/"},"modified":"2025-10-27T01:47:46","modified_gmt":"2025-10-27T01:47:46","slug":"corneille-sans-filtre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/corneille-sans-filtre\/","title":{"rendered":"Corneille sans filtre"},"content":{"rendered":"<p>Sur <em>Parce qu&rsquo;on aime<\/em>, le jeune p\u00e8re chante les bas et les hauts du couple devenus parents, ainsi que ceux d&rsquo;une plan\u00e8te abonn\u00e9e \u00e0 la haine.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/uat.socan.com\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Corneille_ByKevinMillet_InStory_1-390x260.jpg\" alt=\"Corneille\" \/><a href=\"https:\/\/www.corneilleofficiel.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Corneille<\/a> n&rsquo;est pas fou des r\u00e9seaux sociaux, mais vous trouverez quand m\u00eame sur Instagram quelques photos du dandy et de son amoureuse, pimpants, posant au milieu d&rsquo;un tapis rouge, en marge d&rsquo;un de ces \u00e9v\u00e9nements mondains appelant une tenue impeccable.<\/p>\n<p>Tout le contraire du quotidien que met en lumi\u00e8re <em>Parce qu&rsquo;on aime<\/em>, huiti\u00e8me album du (forever) gentleman, onze chansons compl\u00e8tement d\u00e9pouill\u00e9es de ces filtres maquillant la v\u00e9rit\u00e9 en conte de f\u00e9e propre \u00e0 nos existences de cristaux liquides. Titre sans \u00e9quivoque &#8211; et sans filtre! &#8211; de la deuxi\u00e8me pi\u00e8ce du disque: <em>Manque de sommeil<\/em>.<\/p>\n<p>\u00ab Quand on conna\u00eet le succ\u00e8s, on a l&rsquo;impression qu&rsquo;il faut trouver une formule, mais il n&rsquo;y a pas de formule, et tout d&rsquo;un coup, on devient hyper ins\u00e9cure \u00bb, observe l&rsquo;artiste de 41 ans au sujet des doutes auxquels il a longtemps \u00e9t\u00e9 chevill\u00e9, et dont il se d\u00e9partit enfin ici. \u00ab C&rsquo;est le danger qui guette les artistes qui connaissent beaucoup de succ\u00e8s d\u00e8s le d\u00e9but: dans la recherche de la formule, on perd en spontan\u00e9it\u00e9, en cr\u00e9ativit\u00e9, en authenticit\u00e9. Vite, \u00e7a peut devenir lourd quand t&rsquo;as l&rsquo;impression qu&rsquo;\u00e0 chaque fois que tu montes sur sc\u00e8ne, ou que tu lances un album, t&rsquo;es en train de jouer ta vie. Alors que \u00e7a peut \u00eatre juste cool, simple, facile. Faut \u00eatre audacieux dans la cr\u00e9ation, aller au fond des choses, mais souvent, aller au fond des choses, c&rsquo;est juste se rappeler qui on est \u00e0 la base. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c7a peut \u00eatre cool, simple, facile. Aussi cool, simple, facile, que ce texto qu&rsquo;envoie \u00e0 son mari Sofia de Medeiros. Et si l&rsquo;on racontait notre vie de jeunes parents ?, lui \u00e9crit son \u00e9pouse et paroli\u00e8re attitr\u00e9e (depuis <em>Sans titre <\/em>en 2009) alors qu&rsquo;il se trouve d\u00e9j\u00e0 en studio. Et si on l&rsquo;on racontait la temp\u00eate qui secoue pr\u00e9sentement nos jours et nos nuits, celle qui remplit nos c\u0153urs de joie, mais qui creuse aussi nos cernes ?<\/p>\n<p>\u00ab On \u00e9tait en plein dans \u00e7a, on ne dormait pas et ce manque de sommeil affectait toute notre vie. \u00c7a nous rendait tr\u00e8s irritables \u00bb, se souvient en riant le p\u00e8re d&rsquo;une fille de trois ans et d&rsquo;un gar\u00e7on de huit, qui implore sa bien-aim\u00e9e (bien qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de ses mots \u00e0 elle): \u00ab Ne me regarde pas comme \u00e7a \/ Je ne t&rsquo;aime pas moins \/ Je nous ai juste perdus de vue \/\/ \u00c7a fait des ann\u00e9es qu&rsquo;on ne dort pas \/ Ce n&rsquo;est pas que je suis loin \/ C&rsquo;est la fatigue qui m&rsquo;a en garde \u00e0 vue \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab On trouvait que c&rsquo;\u00e9tait une bonne chanson \u00e0 \u00e9crire, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que ce n&rsquo;est pas un th\u00e8me Instagram. Une chanson qui parle du fait qu&rsquo;on ne dort pas, ce n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement sexy, mais on avait envie de parler de l&rsquo;amour qui se transforme, qui commence en passion, mais qui devient ensuite beaucoup plus profond. On avait le go\u00fbt de chroniquer ce quotidien de deux personnes qui se choisissent pour faire face aux adversit\u00e9s in\u00e9vitables de la vie. Mais parlons-en franchement, du c\u00f4t\u00e9 moins spectaculaire, moins idyllique de l&rsquo;amour. \u00bb<\/p>\n<p><strong>La vraie soul <\/strong><\/p>\n<div style=\"float: left; margin: 0 15px 5px 0;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/gJlodw4w1BA\" width=\"550\" height=\"310\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/div>\n<p>Bien que tout \u00e0 fait en phase avec le son du r&rsquo;n&rsquo;b et de la pop am\u00e9ricaine, c&rsquo;est aussi dans la grande et noble tradition d&rsquo;une soul ne pouvant concevoir de ne pas embrasser la vie dans son ensemble que s&rsquo;inscrit Corneille, loin des clich\u00e9s d&rsquo;une musique qui ne serait travers\u00e9e que par les \u00e9lans du corps. Il est ainsi \u00e0 la fois l&rsquo;amant, le p\u00e8re et le citoyen sur <em>Parce qu&rsquo;on aime<\/em>, album sur lequel il salue d&rsquo;ailleurs d&rsquo;un m\u00eame souffle l&rsquo;imp\u00e9riale Ella Fitzgerald et le tr\u00e8s fromag\u00e9 boys band Boys II Men dans <em>Philadelphie<\/em>, hommage \u00e0 la Mecque am\u00e9ricaine de la musique sans faux-semblant.<\/p>\n<p>\u00ab Faire de la soul, c&rsquo;est essayer d&rsquo;\u00eatre vrai \u00bb, observe celui qui ne l&rsquo;a jamais autant \u00e9t\u00e9 depuis <em>Parce qu&rsquo;on vient de loin<\/em> (2002), album de la r\u00e9v\u00e9lation aupr\u00e8s du grand public qu\u00e9b\u00e9cois et fran\u00e7ais, mais aussi de la r\u00e9v\u00e9lation de soi et de la duret\u00e9 de son pass\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;impression de retrouver gr\u00e2ce \u00e0 ce huiti\u00e8me disque un artiste que l&rsquo;on avait perdu de vue n&rsquo;en est pas qu&rsquo;une. Si Corneille n&rsquo;a jamais compl\u00e8tement cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9sent, il n&rsquo;habitait sans doute plus, depuis un petit moment, ses refrains avec la m\u00eame intensit\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 il confiait les raisons de son urgence de vivre (<em>Parce qu&rsquo;on vient de loin<\/em>), l&rsquo;insistance des fant\u00f4mes qui le taraudaient (<em>Seul au monde<\/em>) et la folie de ses ambitions (<em>R\u00eaves de star<\/em>). Son plus r\u00e9cent projet en date, <em>Love &amp;\u00a0 Soul<\/em>, \u00e9tait apr\u00e8s tout un album de reprises.<\/p>\n<p>\u00ab It takes two to tango, explique-t-il. Cette absence, \u00e7a tient beaucoup \u00e0 moi. J&rsquo;ai d\u00fb prendre du recul et j&rsquo;ai mis mon \u00e9nergie ailleurs, dans mon couple, ma famille, ma reconstruction psychologique. Je suis all\u00e9 en th\u00e9rapie, ce que je n&rsquo;avais pas fait pendant mes heures de grand succ\u00e8s, alors forc\u00e9ment j&rsquo;avais moins de temps \u00e0 mettre dans la promotion de mes albums sur deux territoires. Et puis aussi, j&rsquo;ai amen\u00e9 des chansons \u00e0 la radio, qui n&rsquo;ont pas jou\u00e9. Il y a des cycles qui nous d\u00e9passent [dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du public, des radios], et face auxquels il faut cesser d&rsquo;\u00eatre c\u00e9r\u00e9bral. On est en contr\u00f4le de rien et \u00e7a me rassure maintenant de le savoir. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Le temps de dire les choses <\/strong><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/uat.socan.com\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Corneille_ByKevinMillet_InStory_2-320x480.jpg\" alt=\"Corneille\" \/>Non seulement nomme-t-il son sentiment d&rsquo;impuissance face aux injustices globales dans <em>Tout le monde<\/em>, premier extrait de <em>Parce qu&rsquo;on aime<\/em>, Corneille ose carr\u00e9ment se mesurer \u00e0 l&rsquo;actualit\u00e9 dans <em>Le chant des cygnes<\/em>, r\u00e9flexion inspir\u00e9e par l&rsquo;affaire SL\u0100V.<\/p>\n<p>\u00ab Dans le premier couplet, je dis \u00ab\u00a0Pardonnez-moi mon offense \/ Si j&rsquo;\u00e9tais toi, \/ C&rsquo;est comme \u00e7a que j&rsquo;aimerais que \u00e7a commence\u00a0\u00bb, et \u00e7a r\u00e9sume ma position. Quand je chante \u00e7a, je me place dans la peau de ceux qui trouvaient que \u00e7a n&rsquo;avait pas d&rsquo;allure qu&rsquo;une pi\u00e8ce qui avait pour th\u00e8me l&rsquo;esclavage ne mette pas de l&rsquo;avant des acteurs noirs. C&rsquo;est une plainte plus que l\u00e9gitime &#8211; apr\u00e8s on peut d\u00e9battre du degr\u00e9 de violence avec lequel certains l&rsquo;ont exprim\u00e9. La seule fa\u00e7on de d\u00e9samorcer la chose, c&rsquo;est de dire \u00e0 la personne qui s&rsquo;est sentie offens\u00e9e: \u00ab\u00a0Je respecte ton sentiment, je pense qu&rsquo;il est valable.\u00a0\u00bb \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors que l\u00e0, poursuit-il dans une longue tirade, on s&rsquo;est tout de suite exclam\u00e9: \u00ab\u00a0Libert\u00e9 d&rsquo;expression! Libert\u00e9 artistique!\u00a0\u00bb Si tu r\u00e9ponds \u00e0 une plainte sans d&rsquo;abord en admettre la validit\u00e9, la personne qui se plaint peut juste en rajouter. \u00c7a a manqu\u00e9 de tact, de d\u00e9licatesse, de subtilit\u00e9. Tout de suite, il y a eu une esp\u00e8ce de r\u00e9sistance: \u00ab\u00a0Est-ce que vous nous traitez de racistes?\u00a0\u00bb Non, on est juste en train de dire qu&rsquo;\u00eatre Noir signifie avoir une exp\u00e9rience du monde particuli\u00e8re, ce qui ne veut pas dire que le Blanc est le grand m\u00e9chant qui nous oppresse. \u00bb<\/p>\n<p>Pourquoi ne s&rsquo;\u00e9tait-il pas exprim\u00e9 publiquement sur le sujet avant ? Parce qu&rsquo;il est trop conscient que m\u00eame les paroles les plus pond\u00e9r\u00e9es, en p\u00e9riode de crise, risquent d&rsquo;\u00eatre d\u00e9natur\u00e9es, voire pas du tout entendues.<\/p>\n<p>\u00ab On a tous l&rsquo;impression qu&rsquo;il faut dire le maximum de choses dans le moins de temps, alors qu&rsquo;il y a des sujets qui ne peuvent pas \u00eatre d\u00e9battus si on ne se donne pas le temps. L&rsquo;appropriation culturelle, c&rsquo;est un sujet trop complexe pour qu&rsquo;on en parle dans un tweet. \u00bb<\/p>\n<p><strong>La sagesse d&rsquo;aimer et de s&rsquo;\u00e9couter <\/strong><\/p>\n<p><em>Parce qu&rsquo;on aime<\/em>: le titre est donc \u00e0 la fois constat intime, et v\u0153u pour une humanit\u00e9 qui, si l&rsquo;on se fie aux remugles haineux qui empestent nos vies en ligne, ne semble pas avoir fait le choix de la bienveillance.<\/p>\n<p>\u00ab J&rsquo;observe la m\u00eame polarisation que tout le monde sur les r\u00e9seaux sociaux et dans notre vie collective. J&rsquo;observe le m\u00eame d\u00e9sarroi, la m\u00eame tristesse, qui part d&rsquo;une volont\u00e9 d&rsquo;exister aux yeux des autres. On veut tous que l&rsquo;autre nous trouve<em> hot<\/em>, intelligent, beau, ce qui est compl\u00e8tement irr\u00e9aliste. \u00bb<\/p>\n<p>Lui &#8211; excusez la conclusion fleur bleue &#8211; sait qu&rsquo;il n&rsquo;y a d&rsquo;essentiel que le regard de ceux qu&rsquo;on aime, ainsi qu&rsquo;une certaine ad\u00e9quation entre les gestes que l&rsquo;on pose et la voix qui monologue au fond de nous.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 un moment donn\u00e9, dans ma vie, je me suis rendu compte qu&rsquo;\u00e0 chaque fois que je ne me suis pas \u00e9cout\u00e9, j&rsquo;ai \u00e9chou\u00e9, mais qu&rsquo;\u00e0 fois que je l&rsquo;ai fait, \u00e7a a march\u00e9. Pas forc\u00e9ment au plan commercial, mais immanquablement, quand je me suis \u00e9cout\u00e9, j&rsquo;ai grandi. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Souvent, aller au fond des choses, c&rsquo;est juste se rappeler qui on est \u00e0 la base \u00bb<\/p>\n","protected":false},"author":0,"featured_media":132282,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[97],"tags":[],"class_list":["post-158882","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-non-categorise"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/158882","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/14"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=158882"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/158882\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/132282"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=158882"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=158882"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=158882"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}