{"id":156379,"date":"2021-02-09T20:55:00","date_gmt":"2021-02-09T20:55:00","guid":{"rendered":"https:\/\/socancom100stg.wpenginepowered.com\/dominique-fils-aime-retrouver-un-paradis-perdu\/"},"modified":"2025-10-25T23:42:12","modified_gmt":"2025-10-25T23:42:12","slug":"dominique-fils-aime-retrouver-un-paradis-perdu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/dominique-fils-aime-retrouver-un-paradis-perdu\/","title":{"rendered":"Dominique Fils-Aim\u00e9: Retrouver un paradis perdu"},"content":{"rendered":"<p>Elle a \u00e9t\u00e9 sacr\u00e9e R\u00e9v\u00e9lation jazz par Radio-Canada en 2019, elle pose ce mois-ci en page frontispice du magazine <em>Ch\u00e2telaine<\/em> et elle a remport\u00e9 le Prix du meilleur album jazz vocal aux JUNOs 2020 l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier. Dominique Fils-Aim\u00e9 est l\u2019une des musiciennes canadiennes les plus en vue du moment, tous march\u00e9s et langues confondus.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-21111\" src=\"https:\/\/uat.socan.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/DominiqueFilsAimee_ByAndreanneGauthier_InStory-240x300.jpg\" alt=\"Dominique Fils-Aim\u00e9 \" width=\"240\" height=\"300\" \/>On la savait capable de dompter la note bleue et de la mettre \u00e0 sa main avec aisance, de composer ses propres morceaux en plus de reprendre des titres casse-gueule comme <a href=\"https:\/\/open.spotify.com\/track\/7j90snRUHve4jGHklPWZv0?si=A5gjoxjySfy_xw7YwoSFGA\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Strange Fruit<\/em><\/a> sans rougir, ni m\u00eame en servir une p\u00e2le copie. Entendre la voix de Dominique Fils-Aim\u00e9 pour une premi\u00e8re fois, c\u2019est croire en la r\u00e9incarnation des monstres sacr\u00e9s comme Billie Holiday. C\u2019est croire que, finalement, le jazz n\u2019est jamais mort et m\u00eame si Montr\u00e9al, ville autrefois si vibrante au rayon des cuivres, a depuis longtemps perdu son El Morocco et ses autres institutions phares de l\u2019\u00e2ge d\u2019or des cabarets. C\u2019est un peu comme si cette femme-l\u00e0 appartenait \u00e0 une \u00e9poque tout autre. Un paradis perdu.<\/p>\n<p>Sur son troisi\u00e8me effort solo, l\u2019ultime \u00e9pisode d\u2019une trilogie amorc\u00e9e par <a href=\"https:\/\/open.spotify.com\/album\/1jKa3DaEBF3uBSJQ911noU?si=Fu4LY7zhQtGjc-cHLs5Now\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Nameless<\/em><\/a> en 2018, un triptyque musical empreint d\u2019une soif d\u2019\u00e9mancipation et de libert\u00e9, Dominique Fils-Aim\u00e9 \u00e9tend son champ de tir, ses horizons. L\u2019album s\u2019ouvre sur <em>Grow Mama Grow<\/em>, une chanson soul aux teintes doo-wop qui incorpore une partition de clarinette qui \u00e9voque \u00e0 la fois la tradition klezmer et les sonorit\u00e9s arabisantes. Difficile de trancher entre les deux territoires pourtant si loin l\u2019un de l\u2019autre, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019intention.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a des influences qui s\u2019entrecroisent, qui se sont m\u00e9lang\u00e9es pour cr\u00e9er quelque chose d\u2019autre. [&#8230;] Je me suis permis de prendre toutes les influences chaleureuses que j\u2019ai pu \u00e9couter dans ma vie. Des musiques qui viennent autant de l&rsquo;Am\u00e9rique latine, que de la C\u00f4te d\u2019Ivoire ou du Cameroun, et du monde arabe. Je me suis nourrie de tout \u00e7a et je me suis laiss\u00e9 le droit de tout prendre ce que j\u2019avais mang\u00e9 et de le ressortir dans cet album. \u00bb<\/p>\n<p>Les trois premi\u00e8res chansons dudit disque empruntent aussi pas mal \u00e0 l\u2019\u00e8re Motown, ne serait-ce qu\u2019\u00e0 cause des clappements de mains si caract\u00e9ristiques au style qui se m\u00ealent aux refrains joyeusement r\u00e9p\u00e9titifs et aux harmonies de voix divines &#8211; toutes port\u00e9es par Dominique elle-m\u00eame dans la version studio. On croirait entendre un vieux vinyle des Supremes au d\u00e9but de <em>While We Wait<\/em> quand, en r\u00e9alit\u00e9, le reste de la pi\u00e8ce mue vers quelque chose de plus pr\u00e8s du gospel, de carr\u00e9ment spirituel.<\/p>\n<p>\u00ab Ma s\u0153ur a \u00e9tudi\u00e9 en musique et elle avait une librairie de CDs qui avait tout d\u2019un magasin. Tous les jours, quand elle \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9cole, moi j\u2019allais magasiner dans sa collection et je sortais un ou deux albums, pas trop, pour ne pas qu\u2019elle remarque. Il y en avait que j\u2019allais \u00e9couter plus longtemps que d\u2019autres. Je me rappelle d\u2019avoir gard\u00e9 un album de Aretha Franklin au moins un mois. J\u2019\u00e9tais fascin\u00e9e par sa voix. C\u2019est les premi\u00e8res chansons que j\u2019ai apprises par c\u0153ur alors que je ne parlais pas anglais. \u00bb<\/p>\n<div style=\"float: right; margin: 0 15px 5px 0;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/_NinxgWA4yE\" width=\"550\" height=\"310\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/div>\n<p>Du soul entra\u00eenant, l\u2019autrice-compositrice-interpr\u00e8te passe au blues (<em>Could It Be<\/em>) avant d\u2019entrer dans un segment plus introspectif ou m\u00eame m\u00e9ditatif fait de complaintes contrast\u00e9es, carr\u00e9ment lumineuses. La pi\u00e8ce-titre rompt quant \u00e0 elle avec ce passage plus tristounet, mais empreint d\u2019espoir et d\u2019une volont\u00e9 de r\u00e9demption tout \u00e0 la fois. D\u00e8s les premi\u00e8res mesures, les percussions int\u00e9gr\u00e9es aux arrangements de <em>Three Little Words<\/em> annoncent de nouvelles couleurs, un go\u00fbt pour les musiques africaines qu\u2019on ne lui connaissait pas jusqu\u2019ici. Spontan\u00e9ment, on pense \u00e0 Fatoumata Diawara et Oumou Sangar\u00e9. Ce que Dominique Fils-Aim\u00e9 propose sur cette plage 10 s\u2019inscrit r\u00e9ellement dans le m\u00eame registre que ce que pondent ces deux Maliennes.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est tr\u00e8s diff\u00e9rent de ce que j\u2019ai fait dans le pass\u00e9, c\u2019est vrai. Je voulais cr\u00e9er une esp\u00e8ce de retour aux sources et \u00e0 la base, avec des rythmes premiers qui viennent vraiment nous percuter. Les percussions, \u00e7a me fait \u00e7a. \u00c7a me percute, \u00e7a me donne envie de bouger. Il y a quelque chose de super organique dans le fait d\u2019avoir des peaux qui vibrent sur des esp\u00e8ces de piliers en bois. Il y a quelque chose de visc\u00e9ral, presque, dans les percussions. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Le faire pour les bonnes raisons<\/strong><\/p>\n<p>On a souvent lu que Dominique Fils-Aim\u00e9 a tergivers\u00e9 de la photographie aux relations publiques avant de se lancer en musique, mais il ne faudrait pas non plus croire que la chanteuse \u00e9tait \u00e9trang\u00e8re \u00e0 son propre talent ou qu\u2019elle l\u2019a d\u00e9couvert sur le tard et au hasard d\u2019un quelconque bar karaok\u00e9. Enfant, elle chantait d\u00e9j\u00e0. \u00ab Quand ma m\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 la maison, j\u2019allais m\u2019enregistrer sur le r\u00e9pondeur. Je chantais des chansons que j\u2019aimais, j\u2019\u00e9tais curieuse de savoir comment je sonnais. Je me souviens vraiment du choc que j\u2019ai ressenti en m\u2019entendant la premi\u00e8re fois, mais j\u2019aimais tellement chanter que je m\u2019en foutais. Je me disais qu\u2019un moment donn\u00e9, ce serait peut-\u00eatre plus juste. Je participais aussi aux spectacles \u00e0 l\u2019\u00e9cole pour chanter des chansons parce que la sc\u00e8ne me faisait un peu peur. J\u2019ai toujours aim\u00e9 aller vers des choses qui me font peur parce qu\u2019apr\u00e8s, quand tu les confrontes, tu te sens tellement forte! \u00bb<\/p>\n<p>Si Dominique s\u2019est refus\u00e9e \u00e0 son sort de soliste pendant si longtemps, c\u2019est surtout parce qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e9rait rester dans l\u2019ombre. Non pas par timidit\u00e9, mais parce que la discr\u00e9tion lui convient. \u00ab \u00c0 la base, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 faire de la musique professionnellement avec une amie qui fait du cin\u00e9ma. On s\u2019\u00e9tait parties une petite bo\u00eete ensemble o\u00f9 je faisais de la musique pour ses vid\u00e9os. Je m\u2019\u00e9tais toujours sentie plus confortable \u00e0 l\u2019id\u00e9e de composer et de ne pas forc\u00e9ment \u00eatre dans l&rsquo;\u0153il public. \u00bb<\/p>\n<p>M\u00eame gamine, l\u2019id\u00e9e de faire le m\u00e9tier la rebutait.\u00a0 Alors que certaines personnes seraient litt\u00e9ralement pr\u00eates \u00e0 vendre leur \u00e2me ou leur m\u00e8re pour se changer en vedettes, la chanteuse de Montr\u00e9al a toujours craint la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9. Elle est comme l\u2019antith\u00e8se de l\u2019influenceuse, de l\u2019insta-babe fait chanteuse. \u00ab Faut que j\u2019avoue: le fait d\u2019\u00eatre connue m\u2019a toujours fait peur. Il y a quelque chose que je trouve super effrayant l\u00e0-dedans. L\u00e0, \u00e7a va, il y a quelques personnes qui me connaissent, c\u2019est totalement g\u00e9rable, c\u2019est pas comme si j\u2019\u00e9tais devenue une superstar, mais des fois je trouve \u00e7a intense d\u2019avoir plus d\u2019attention qu\u2019avant ou plus de gens qui me reconnaissent. \u00c7a me fait toujours bizarre. \u00bb<\/p>\n<p>Le succ\u00e8s qu\u2019elle r\u00e9colte \u00e0 pr\u00e9sent la confronte intimement parce que \u00e7a ne faisait pas partie du plan initial. D\u2019ailleurs, si Dominique a particip\u00e9 \u00e0 La Voix, c\u2019est parce qu\u2019une recherchiste a d\u00e9nich\u00e9 ses plus obscurs enregistrements en ligne et su la convaincre de se laisser prendre au jeu. \u00ab Je m\u2019attendais vraiment \u00e0 rester bien underground, \u00e0 n\u2019int\u00e9resser que quelques radios de niche, tr\u00e8s tr\u00e8s pointues. \u00catre plus camoufl\u00e9e comme artiste, \u00e7a m\u2019aurait tr\u00e8s bien convenu, mais finalement il y a un peu plus de monde qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 ce que je fais et je ne vais pas cracher l\u00e0-dessus, je suis quand m\u00eame reconnaissante. \u00c7a me permet de rejoindre plus de gens et, peut-\u00eatre, de faire du bien \u00e0 plus de gens. \u00bb<\/p>\n<p>Partager un peu d\u2019amour, voil\u00e0 ce qui motive Dominique Fils-Aim\u00e9 et la pousse \u00e0 surmonter ses craintes. Un id\u00e9al empreint de sagesse et d\u2019altruisme qui tranche avec la course aux <em>likes<\/em> sur les r\u00e9seaux sociaux.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De la cassette du r\u00e9pondeur de sa m\u00e8re jusqu\u2019aux JUNOs<\/p>\n","protected":false},"author":0,"featured_media":121998,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[1220],"tags":[1483,1268],"class_list":["post-156379","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-entrevues","tag-createur-de-musique","tag-quebec"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/156379","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/14"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=156379"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/156379\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/121998"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=156379"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=156379"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=156379"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}