{"id":148430,"date":"2010-07-06T15:45:52","date_gmt":"2010-07-06T15:45:52","guid":{"rendered":"https:\/\/socancom100stg.wpenginepowered.com\/analia-llugdar-le-son-en-tete\/"},"modified":"2010-07-06T15:45:52","modified_gmt":"2010-07-06T15:45:52","slug":"analia-llugdar-le-son-en-tete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/uat.socan.com\/fr\/analia-llugdar-le-son-en-tete\/","title":{"rendered":"Analia Llugdar : le son en t\u00eate"},"content":{"rendered":"<p>La compositrice qu\u00e9b\u00e9coise d\u2019origine argentine <strong>Analia Llugdar<\/strong> vient d\u2019entrer, pour l\u2019ann\u00e9e 2008-2009, dans le club s\u00e9lect des laur\u00e9ats du Prix Opus Compositeur de l\u2019ann\u00e9e, octroy\u00e9 par le Conseil qu\u00e9b\u00e9cois de la musique. Install\u00e9e au Qu\u00e9bec depuis 12 ans, elle est parmi les trois plus jeunes r\u00e9cipiendaires de ce prix prestigieux qui r\u00e9compense un compositeur pour l\u2019ensemble de son \u0153uvre et pour sa pr\u00e9sence significative sur les sc\u00e8nes musicales durant ladite ann\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Elle rejoint donc \u00e0 ce panth\u00e9on <strong>John Rea<\/strong>, <strong>Walter Boudreau<\/strong>, <strong>Linda Bouchard<\/strong>, <strong>Ana Sokolovic<\/strong>, <strong>Jean-Fran\u00e7ois Laporte<\/strong>, <strong>Tim Brady<\/strong>, <strong>Serge Arcuri<\/strong>, <strong>Andr\u00e9 Ristic<\/strong>, <strong>Robert Normandeau<\/strong>, <strong>Nicolas Gilbert<\/strong>, <strong>Denis Dion<\/strong> et <strong>Denis Gougeon<\/strong>. D\u2019ailleurs, ce dernier fut le directeur de sa th\u00e8se de doctorat en composition musicale compl\u00e9t\u00e9e en 2009 \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Montr\u00e9al. Est-ce \u00e0 dire que l\u2019\u00e9l\u00e8ve rejoint le ma\u00eetre\u00a0? \u00ab\u00a0Non, absolument pas\u00a0!, lance-t-elle dans un rire un peu g\u00ean\u00e9, il n\u2019y a pas de comparaison possible\u00a0! Je suis consciente que ce prix est venu assez vite dans ma jeune carri\u00e8re, j\u2019ai 37 ans. Mais j\u2019ai travaill\u00e9 tr\u00e8s fort depuis que je suis au Qu\u00e9bec et l\u2019ann\u00e9e 2009 a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s riche au plan musical, ici et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. C\u2019est doublement important parce que ce sont tes pairs qui te nomment \u00e0 ce prix, et \u00e0 Montr\u00e9al, il y a tant de bons compositeurs\u00a0! Mais ce prix n\u2019est pas seulement pour moi, il est aussi pour tous les musiciens qui d\u00e9fendent mes \u0153uvres, et on ne les remercie jamais assez,\u00a0\u00bb pr\u00e9cise-t-elle dans un fort accent espagnol.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Entre autres r\u00e9compenses, il faut rappeler qu\u2019Analia recevait pour <em>Bleu vert tendre<\/em> le 2<sup>e<\/sup> prix Sir Ernest-MacMillan au Concours des jeunes compositeurs 2002 de la Fondation SOCAN, le prix Qu\u00e9bec-Flandres 2007 pour <em>Le ch\u00eane et le roseau<\/em>, et le Prix Jules-L\u00e9ger de la nouvelle musique de chambre 2008 pour <em>Que sommes-nous<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Des mentors<\/strong><\/p>\n<p>Ce palmar\u00e8s n\u2019aurait pas droit de cit\u00e9 si \u00e7a n\u2019avait \u00e9t\u00e9 de deux compositeurs importants dans le parcours de Mme Llugdar\u00a0: <strong>Jos\u00e9 Evangelista<\/strong> (ma\u00eetrise) et Denis Gougeon. Et si on peut penser que ses origines latines teinteraient ses \u0153uvres d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, il n\u2019en est rien, non plus que celles de ses deux mentors. \u00ab\u00a0La musique que j\u2019\u00e9cris ne ressemble en rien \u00e0 celle de mes professeurs\u00a0; et c\u2019est ce respect que j\u2019ai appr\u00e9ci\u00e9 \u00e0 leur contact. Ce que je retiens de Jos\u00e9 Evangelista, c\u2019est son obsession du travail, cette force de toujours chercher, de croire en soi-m\u00eame et surtout de ne jamais se limiter \u00e0 son premier choix. Et Denis Gougeon a \u00e9t\u00e9 un accompagnateur tr\u00e8s ouvert, un guide aussi pour trouver les bons outils de travail et l\u2019inspiration dans d\u2019autres formes artistiques (cin\u00e9ma, th\u00e9\u00e2tre, litt\u00e9rature), et en cela, justement, Montr\u00e9al offre beaucoup.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur du son<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9coute des \u0153uvres d\u2019Analia Llugdar, on est happ\u00e9 par la modernit\u00e9 des sonorit\u00e9s et des rythmes, par l\u2019abstraction calcul\u00e9e et la pr\u00e9cision de sa rh\u00e9torique \u00e0 des lieues de la musique \u00e0 programme. Au fil des quelque 25 \u0153uvres \u00e0 son r\u00e9pertoire, dont la moiti\u00e9 sont des commandes d\u2019ensembles ou de solistes d\u2019ici, nul doute qu\u2019il y a l\u00e0 des \u0153uvres fortes et puissantes, la plupart pour formations de chambre. \u00ab\u00a0Ma force, je crois, c\u2019est le son; j\u2019essaie de composer comme si j\u2019\u00e9tais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du son, en exprimant mes id\u00e9es musicales par des textures complexes, beaucoup de contrastes, de tension, et souvent en unissant les extr\u00eames dans une m\u00eame \u0153uvre. Et souvent, c\u2019est l\u2019instrumentation de la pi\u00e8ce, les timbres, qui vont en d\u00e9terminer la nature.\u00a0\u00bb \u00c0 ce titre, bien qu\u2019Analia ait d\u2019abord fait ses \u00e9tudes sup\u00e9rieures en piano \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Nationale de Cordoba (Argentine), le piano n\u2019est pas son instrument de composition. \u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, je compose directement sur la table de travail, sur la partition. Et pour moi, tous les d\u00e9tails sont tr\u00e8s importants, je ne dois rien laisser au hasard. D\u2019ailleurs, comme M. Evangelista, je ne suis jamais totalement satisfaite\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Et quand on lui demande comment elle d\u00e9finit sa propre musique, elle r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0La composition est un espace de vie privil\u00e9gi\u00e9; avec ses grands plaisirs, ses angoisses, la peur aussi, mais surtout l\u2019enthousiasme de cr\u00e9er et de se sentir vivante. Je r\u00e9\u00e9coutais une pi\u00e8ce de <strong>Gilles Tremblay<\/strong> que j\u2019aime beaucoup, <em>Envol<\/em>, et ce qui me fascine le plus dans l\u2019art, c\u2019est qu\u2019une fois cr\u00e9\u00e9e, l\u2019\u0153uvre n\u2019appartient plus \u00e0 l\u2019artiste. C\u2019est l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re et la musique vit d\u2019elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Qu\u2019il s\u2019agisse de cr\u00e9ation pure &#8211; <em>Suite pour piano solo<\/em>, 2000, <em>Autoportrait<\/em>, pour tuba solo, 2001 ou encore <em>Tricycle<\/em> (pour violon, violoncelle et piano, 2004) &#8211; ou de th\u00e9matique concr\u00e8te sur fond de critique sociale &#8211; <em>La Faim Artaud<\/em> (pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre musical, 2007), <em>Pour en finir avec le jugement de dieu<\/em> (pour baryton et neuf musiciens sur un texte radiophonique d\u2019Antonin Artaud), <em>Sentir de cacerolas<\/em> (pour soprano, fl\u00fbte et casseroles, 2002) ou <em>La Machi<\/em> (\u0153uvre th\u00e9\u00e2tralis\u00e9e pour fl\u00fbte solo, 2007), Analia Llugdar porte une attention particuli\u00e8re \u00e0 la pr\u00e9sentation de ses \u0153uvres et \u00e0 la spatialisation, toujours en symbiose avec son infatigable recherche sonore. D\u2019ailleurs, en 2008, elle participait au S\u00e9minaire &#8211; Musique \u00e9lectroacoustique au Centre pour la diffusion de la musique contemporaine \u00e0 Madrid. \u00ab\u00a0C\u2019est le compositeur Philippe Leroux qui m\u2019a invit\u00e9e \u00e0 d\u00e9couvrir l\u2019\u00e9lectroacoustique. Ces 10 jours d\u2019ateliers, ce laboratoire musical m\u2019a ouvert un monde extr\u00eamement riche qui est encore nouveau pour moi. Je commence seulement \u00e0 le d\u00e9velopper; Montr\u00e9al est une force en \u00e9lectro, plus m\u00eame que certains pays d\u2019Europe. On est tr\u00e8s bien servis par nos cr\u00e9ateurs qu\u00e9b\u00e9cois, et ce serait triste de passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de tout ce foisonnement. C\u2019est une belle ouverture pour ma cr\u00e9ation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Vue sur la rel\u00e8ve<\/strong><\/p>\n<p>Depuis quelques ann\u00e9es, Analia Llugdar fait partie du Comit\u00e9 artistique de la Soci\u00e9t\u00e9 de musique contemporaine du Qu\u00e9bec (SMCQ), que dirige Walter Boudreau. \u00ab\u00a0C\u2019est extr\u00eamement int\u00e9ressant puisqu\u2019on a la possibilit\u00e9 de s\u2019exprimer et de faire entendre sa voix au sein du comit\u00e9, et parfois de faire d\u00e9couvrir soi-m\u00eame de nouveaux talents. On a l\u2019occasion d\u2019entendre plusieurs compositeurs de la rel\u00e8ve, d\u2019ici et de l\u2019\u00e9tranger, et je remarque qu\u2019il y a l\u00e0 une bonne diversit\u00e9, m\u00eame un contraste entre ceux qui foncent vers les nouvelles avenues, avec beaucoup de libert\u00e9 dans les formes et les m\u00e9dias utilis\u00e9s, et dans un m\u00eame temps, une rel\u00e8ve qui est attach\u00e9e \u00e0 la tradition, \u00e0 l\u2019\u00e9criture formelle et la musique savante. C\u2019est bien d\u2019avoir le privil\u00e8ge de regarder ces contrastes \u00e9voluer.\u00a0\u00bb\u00a0 Au risque d\u2019\u00eatre r\u00e9ducteur, elle mentionne tout de m\u00eame quelques go\u00fbts personnels et influences indirectes. Car si elle appr\u00e9cie les \u0153uvres de Tremblay, <strong>Vivier<\/strong>, <strong>Garant<\/strong> ou <strong>Cherney <\/strong>chez nous, elle cite Messiaen, Xenakis, Sciarrino et Kagel chez les Europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En septembre, dans le cadre de la premi\u00e8re Biennale de musique contemporaine de Cordoba 2010 en Argentine, ce sera la premi\u00e8re fois qu\u2019une de ses \u0153uvres (<em>La Machi<\/em>) sera jou\u00e9e dans son pays d\u2019origine. \u00ab\u00a0Je suis plus excit\u00e9e que nerveuse, parce que j\u2019ai encore de la famille l\u00e0-bas!\u00a0\u00bb D\u2019ici \u00e0 la fin de 2010, il ne se passera pas un mois sans qu\u2019on joue ou cr\u00e9e, en France, au Mexique ou en Argentine, une \u0153uvre d\u2019Analia Llugdar. Et l\u2019ann\u00e9e culminera en d\u00e9cembre \u00e0 Montr\u00e9al par un concert autour de sa musique par le Trio Fibonacci, incluant quatre \u0153uvres de la compositrice, dont deux ne sont pas encore \u00e9crites\u00a0! \u00ab\u00a0L\u2019urgence, c\u2019est pour moi un bon stress. Mais je vais faire comme je fais toujours, entrer dans le son et composer comme si c\u2019\u00e9tait ma derni\u00e8re \u0153uvre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab L\u2019urgence, c\u2019est pour moi un bon stress. 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